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22 mars 2007


L'article publié par Maxime Vivas propose de revenir de manière claire et concise sur quelques erreurs persistantes dans les différents discours tenus sur l'affaire Battisti. Voici donc un document utile aussi bien pour prendre un peu de recul sur certains discours médiatiques, mais également pour apporter un peu de justesse et de rigueur dans les discussions de comptoir.


Cesare Battisti broyé par les mensonges, par Maxime Vivas.
Lundi 19 mars 2007. Disponible sur http://www.vialibre5.com


Arrêté ce dimanche au Brésil, mon ami l'écrivain Cesare Battisti est devenu, à son corps défendant, un élément de la campagne électorale de Sarkozy.
Cesare Battisti, militant en1977 d'un éphémère mouvement Prolétaires Armés pour le Communisme » (PAC) a d'abord été arrêté en Italie en 1979. Il s'est évadé en 1981, a vécu pacifiquement au Mexique, est venu en France en 1991, attiré par la « Doctrine Mitterrand » confirmée par un jugement à son arrivée sur notre sol, puis par un autre jugement et encore par le Premier ministre Lionel Jospin. Notre loi et la parole de la France l'avaient dit : il ne serait pas extradé.
La presse menteuse (et/ou paresseuse) affirme que François Mitterrand accorda l'asile aux seuls exilés « qui n'ont pas commis de crimes de sang ».
C'est faux. Sa déclaration solennelle devant le 65eme congrès de la Ligue des Droits de l'Homme, le 20 avril 1985 ne reprend cette nuance initiale qui figurait dans une première déclaration (22 février 1985). Pourquoi ? Parce que le pouvoir de Berlusconi qualifiait d'assassins tous les militants de gauche qui avaient appartenu à un mouvement armé pendant les années de plomb, ces années où les factieux, dont aucun n'est en prison, même pas ceux qui ont avoué, faisaient sauter la gare de Bologne avec ses voyageurs dedans. La « Doctrine Mitterrand » posait l'unique condition de renoncement à toute violence.
Puis, en février 2004, la France emprisonne Battisti alors même que la décision de sa naturalisation est sur le point d'être signée. Le combat des amis de l'écrivain pour s'opposer à la menace d'extradition a été soutenu très rapidement par 20 000 signatures, par une partie de la presse française, par des élus et par Attac qui a publié un communiqué.
Un revirement s'est manifesté ensuite, l'opinion étant troublée par une avalanche d'informations fausses, tronquées, à sens unique. Ainsi, Le Monde qui soutint Battisti s'est mis (avec Le Figaro, Marianne, etc.) à ouvrir généreusement ses colonnes à ceux qui le traitaient d'impitoyable assassin. Le quotidien vespéral s'est même excusé d'avoir subi « l'influence des intellectuels parisiens. » Au plus haut niveau de l'Etat, on faisait savoir la volonté d'extrader.
La formidable campagne d'intox puisait dans les informations de politiciens italiens soucieux de se refaire une virginité légaliste (à « droiche et à gaute »), des mouvements fascistes, des juges investis dans la répression (et cléments envers les factieux qui se livrèrent à de sanglants attentats).
Un des partisans de l'extradition le plus médiatisé en Italie, celui qui clame le plus fort qu'elle est justifiée, celui dont nos journaux reprennent les informations, se nomme Armando Spataro. On oublia de nous dire qu'il était le substitut du procureur représentant l'accusation contre Battisti.
C'est dans ce contexte d'hallali que, profitant d'une libération provisoire, Battisti a choisi la clandestinité et un nouvel exil.


Quelques exemples de désinformations :


Battisti est l'ex-dirigeant du mouvement des « Prolétaires Armés pour le Communisme » (PAC).
Faux ! Il fut un de ses plus jeunes militants de base, avant de le quitter pour désaccord sur les méthodes violentes, ce qui l'opposa à un des dirigeants qui fut ensuite le principal témoin à charge contre lui.


Lors d'une action armée, Battisti a tiré sur un enfant de 13 ans, depuis paraplégique (les télés italiennes et françaises l'exhibent, les journaux le disent « tétraplégique »).
Faux ! Le jour du drame, il est prouvé que Battisti n'était pas là. Il est également prouvé que la balle a été accidentellement tirée par le père de la victime. La justice italienne ne le conteste pas.


Les témoins oculaires abondent contre Battisti ?
Faux. Pas un seul n'a pu être produit parmi les dizaines qui ont assisté à des actes de violence impliquant le PAC. Battisti présente pourtant une particularité physique qui aurait dû le faire immanquablement remarquer : sa très petite taille.


Il a eu droit à un procès équitable dans le respect de la Constitution et des droits de la défense.
Faux. Il a été condamné à la prison à vie en son absence et à son insu, sans possibilité d'être rejugé (ce qu'il réclame), non pas sur preuves, ni sur témoignages directs, mais sur les dires d'un « repenti » (quiconque dénonce quelqu'un bénéficie de clémence). La Justice Italienne, dénoncée en cela par la Cour Européenne de Justice, ne prévoit pas de second procès après un jugement par contumace.


Il est prouvé qu'il a tué ?
Faux !
Il a toujours nié. Les seules charges sont les aveux d'un repenti (libre aujourd'hui) qui a chargé un ex-camarade dont il pensait qu'il ne risquait rien du fait de son exil au Mexique.


La parole des repentis est fiable.
Faux !
Et pas seulement pour les raisons déjà évoquées. Dans un livre publié chez Viviane Hamy (La vérité sur Cesare Battisti), Fred Vargas qui anime son Comité de Soutien national raconte sur des pages entières les tortures dont furent victimes les « repentis » pour les aider à charger leurs camarades. Amnesty International s'est exprimé maintes fois contre la violation des droits humains dans ces circonstances.


Battisti a fuit la Justice.
Faux. C'est la Justice versatile qui le fuit.


La Justice condamne tous les actes de violence.
Faux !
Les activistes de droite, et notamment ceux qui ont déposé une bombe dans la gare de Bologne (80 morts), sont libres en Italie alors qu'ils ont avoué leur crime. Notons qu'il en est de même en France pour les activistes de l'OAS, en vertu du principe selon lequel, un tiers de siècle après des périodes de "guerre civile larvée", il ne faut pas rouvrir les plaies.


Battisti, est un terroriste.
Faux !
Attiré en France par la promesse de ne pas être livré à l'Italie ("Doctrine Mitterrand") il a abandonné toute action politique, fondé une famille, s'est reconverti dans l'écriture de romans. Dans ses débats et conférences, dans ses rencontres avec les jeunes, il prônait la non violence ; il exhortait son auditoire à choisir d'autres voies d'action politique que celle qui s'était imposée à des milliers de jeunes italiens généreux devant un fascisme ambiant qui gangrenait leur pays.


Cesare Battisti faisait plus pour la paix civile en France que le boutefeu au Karcher qui se sert aujourd'hui de lui pour se faire élire.


Maxime Vivas




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21 mars 2007


Petite parenthèse vidéo que je commenterai plus amplement par la suite. Deux jours seulement que Cesare Battisti a été arrêté au Brésil, et ses détracteurs se bousculent depuis pour faire part de leur satisfaction dans les médias. Au premier rang de ceux-ci, Guillaume Perrault, journaliste au Figaro et auteur d'un pamphlet à l'encontre de Battisti qui ne restera pas dans les annales, Génération Battisti-Ils ne voulaient pas savoir. Dans cette interview accordée à Plusnews.fr et disponible sur dailymotion.com. Je ne commenterai pas cette vidéo pour l'instant. Je vous laisse le soin d'exprimer vos commentaires. Un billet reviendra bientôt sur cette vidéo et l'ensemble de la campagne médiatique autour de cette « affaire ».





La nostalgie Battisti - Interview de G. Perrault
Vidéo envoyée par plusnews





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20 mars 2007

cNé le 18 décembre 1954, Cesare Battisti n'a pas 15 ans durant les mobilisations de 1968. Mais à la différence de ce que l'on a pu connaître en France, l'Italie a par la suite connu une longue période de trouble, et c'est dans ce contexte que C. Battisti, s'engage politiquement contre l'Etat italien et sa politique. Quelques années plus tard, il rejoindra le groupe des Prolétaires Armés pour le Communisme, alors en cours d'élaboration à l'initiative de Pietro Muti. Les PAC sont une organisation développée sur le principe du refus de la hiérarchie. Ce groupe s'avère être une sorte d'entité affichant un certain nombre de valeurs et d'idées, auquel quiconque se sentant en adéquation avec ses principes, peut se réclamer. On trouve donc des membres des PAC disséminés dans toute l'Italie, la plupart ne se connaissant même pas entre eux. Ce groupe met en place des actions militantes, un grand nombre de braquages et de gambizzato[1], et aussi quatre meurtres. Cesare Battisti a été accusé de la totalité de ces meurtres pour participation directe dans deux d'entre eux et pour avoir prémédité et revendiqué les deux autres. Difficile de se prononcer quant à la véracité de ces éléments. On peut simplement indiquer que les accusations portées contre lui proviennent en grande partie des aveux d'un repenti, Pietro Muti. Précisons également que le statut juridique du « repenti » en Italie, consiste en une diminution de peine en fonction des dénonciations effectuées. Les aveux de Pietro Muti interviennent en 1981, soit au moment où C. Battisti est exilé eu Mexique après une évasion de prison où il était incarcéré pour organisation en bande armée. Les absents ont toujours tort…

Il s'enfuit donc vers le Mexique après un bref passage par la France. Il passera ainsi une dizaine d'années en Amérique du Sud au cours desquelles il va occuper les emplois aussi divers que plongeur, cuisinier ou encore journaliste. C'est durant cette période que Cesare Battisti va se lancer dans l'écriture de romans. En 1990, il arrive en France, souhaitant mettre un terme à une existence clandestine et bénéficier ainsi de la « doctrine Mitterrand » pour acquérir une existence officielle. Il y achève son premier roman, Les habits d'ombre, qui sera édité et marquera le début de sa carrière d'auteur. Il vit alors en France de manière officielle jusqu'au jour de son arrestation le 10 février 2004, occupant la fonction de gardien d'immeuble et ayant publié une dizaine de romans et fictions dans cette période de treize ans.



[1] Il s'agit de tirs dans les jambes, nom inventé au cours des années de plombs. Ces tirs servaient à punir certains « ennemis » désignés et à les mettre en garde.



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